John Lee Hoocker décrit par son "fils spirituel".....


Dans quelles circonstance avez vous rencontré John Lee Hoocker?

Ben Harper: Nous nous sommes rencontrés en 1994, peu de temps
avant que mon premier album. "Welcome ToThe Cruel World"
, ne soit publié. C'était la toute première fois le moment.
que j'ouvrais pour un artiste en tant que professionnel. et
c'était pour Monsieur Hooker... J'étais tout seul à la guitare acoustique,
ça se passait à San Francisco. L'image la plus
forte de notre rencontre fut la poignée de mains.
un geste qui va droit au coeur et dont la sensation intérieure
ne peut être expliquée rationnellement

Quelle impression vous a-t-il faite?

Une impression d'une force fulgurante. Je n'avais jamais rencontré quelqu'un d'une
telle envergure... Comment mettre des mots sur John Lee Hooker? C'est le Bouddha du
blues. Le plus puissant esprit vivant de cette musique. Ses premiers mots furent : "
Si tu veux vraiment devenir un grand guitariste, prends toutes les notes que tu
sais jouer et n'utilise que la moitié d'entre elles... À partir de !à. on commence à aller
quelque part ". Pour moi. c'était comme un rêve de môme devenant réalité. j'ai partagé
un trésor le jour de ma première première partie. C'est une sensation qu'on ne réalise
que quelques semaines plus tard, sur le coup, on se fond dans l'intensité de l'instant.

Vous avez enregistré Burnin' Hell avec lui, comment était-ce?

Il m'a invité à venir jouer un morceau avec lui et nous sommes tombés d'accord
sur le choix de Burnin' Hell. Nous L'avons enregistré entièrement live avec mon
groupe, les Innocent Criminals. Nous avons tous joué dans un style libre et spontané.
John Lee n'aime pas passer trop de temps en studio, il veut que les premières prises
soient les bonnes. tout doit être capturé sur le moment

Quel matériel a-t-il utilisé?
 

Je me souviens qu'il avait une Gibson hollow-body en accordage standard.
branchée dans un ampli Fender Black FaceTwin. De mon côté. j'ai joué sur une guitare
tap slide. accordée en open de Mi. Ma principale préoccupation était de laisser à John
un espace musical grand ouvert. Mon rôle consistait à m'immiscer dans son univers
musical sans le perturber. à l'accompagner respectueusement.

Que vous a-t-il appris musicalement ?

Je lui dois tout ce je sais des phrasés de guitare. des tonalités et des inflexions vocales.
Il m'a appris comment chanter une chanson, comment la moduler.

Comment définiriez vous son jeu de guitare?

C'est le grand maître de la clef de Mi. Son style constitue une incarnation très forte du
blues du Delta. C'est le sang du Mississippi.

Une anecdote liée à votre rencontre?

En fait. je n'avais pas vraiment l'esprit aux anecdotes ou aux histoires drôles. j'étais plutôt
nerveux. Imaginez ce que cela peut représenter que d'enregistrer avec John Lee Hooker pour
la première fois de sa vie. J'étais très concentré sur la musique et hanté par l'idée de
ne pas le décevoir.

Quand avez vous découvert sa musique?

Enfant. Je me souviens que mes parents avaient des dizaines de disques de lui à la
maison. Ce qui m'a le plus marqué. ce sont ses enregistrements acoustiques. Ils ont quelque
chose à part, une vibration qui touche au plus profond de l'être. L'émotion est aussi
importante que le son. Aujourd'hui encore, quel que soit le morceau. on identifie
immédiatement John Lee. C'est le son parfait du blues. tel qu'on le connaît. un son
indescriptible.

Savez vous ce qu'il pense de tous ces Blancs - Stones, Yardbirds, Animals, Them, Spencer Davis Group -
qui l'ont copié dans les 60's et ont repris ses chansons?

Sincèrement. je pense qu'il s'est senti flatté que des gens observent sa musique d'aussi ,
près et l'interprètent avec respect. Aujourd'hui. il est copain avec Eric Clapton et Keith
Richards. il les a invités à venir jouer sur ses albums, ce sont des signes qui. de sa part, ne
trompent pas.

Quels rapports avez vous aujourd'hui ?

Une amitié a poussé entre nous depuis ces cinq dernières années et j'en suis
extrêmement heureux. J'aime l'homme, j'adore sa présence. je le considère comme une divinité.
D'un autre côté, c'est quelqu'un de très humain. qui aime s'amuser, qui aime aussi le
sport. le baseball. qui collectionne les voitures et. par-dessus tout. les femmes! C'est un personnage
incroyable dont je cajole l'amitié.

Avez vous des projets communs?
C'est quand il veut, n'importe quand. Il n'a qu'un mot à dire et j'arrive.

Vous pouvez aussi l'inviter sur votre prochain album?

C'est une excellente idée, je vais sérieusement y songer.
Le blues et John Lee Hooker sont nés au début du siècle. Aujourd'hui, alors

que ce siècle se termine, ils sont tous les deux vivants.

Comment expliquez vous cette longévité?
Je sais. c'est incroyable. et le plus fascinant. c'est que lorsqu'on

serre la main de John Lee Hooker, on sent tout un siècle

vous toucher. Du simple fait de sa présence émane le parfum du

passé. tiens... c'est John Lee!
À votre avis, qu'est-ce qui le pousse à continuer, c'est une légende du blues

riche et célèbre, qu'ail encore à prouver?
Pour lui. continuer de jouer, donner des concerts et

enregistrer des albums est un devoir. C'est sa vie. son amour.

Les gens comme John font de la musique par besoin. non par

envie. Ça fait partie de leur organisme. au même titre que

leur respiration.
 
Frédéric Lecompte Pour Guitare et Clavier Novembre 98 (un conseil commandez le.....), propos de Ben Harper
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