Le Blues du Skater
Interview par Bruno Débauché et Marc
Haziza.
Photos par Bertrand Jacquot.
BLAST - Septembre/Octobre 1999 - N°3 - (extraits)
Reproduction avec l'aimable autorisation de Bruno Débauché.
L'histoire a prouvé que, depuis son origine, le
skate a toujours été indissociable de la musique. Ben Harper
(...) a joué le jeu de Blast en acceptant de parler de sa "board
kulture".
En face de lui, Marc Haziza, skater
pro français et grand fan de Reggae, s'est offert le luxe de
faire quelques ollies par-dessus le plus bluesy des skaters.
Une rencontre particulièrement intéressante dans la mesure où
chacun incarne une figure emblématique dans son milieu respectif.
Toujours aussi spirituel dans son approche, Ben Harper démontre
du même coup que la skate music ne s'arrête plus aujourd'hui au
simple Punk-Rock californien et autres riffs métalliques qui
sont venus appuyer les productions vidéos de skate de ces dernières
années.
Echange de bons procédés, le
songwriter californien, impressionné par la technique de Marc
Haziza, s'et promis d'aller frotter son truck arrière sur le
coping d'une piscine avec le skater français lors d'une
prochaine rencontre... Mais cette fois là, ce sera à Los
Angeles et sans guitare.
Blast : Le skate et la musique ont toujour été
indissociables. Tu as d'ailleurs passé une partie de ta jeunesse
à skater, que ce soit dans la rue ou sur les rampes. Est-ce qu'à
cette époque tu écoutais les groupes Punk-Rock qui étaient
associés à l'image de la skate music ?
Ben Harper : Oui, comme tout le monde à ce moment là
! J'écoutais Black Flag, TSOL, Dead Kennedy's... Les Clash aussi.
C'était mes goûts à l'époque. Par contre, mes parents, eux,
étaient plus branchés Rock'n Roll, Blues ou Folk. Mais moi, j'étais
vraiment dans le délire skate.
Blast : Si tu étais resté focus sur le skate,
penses-tu que tu aurais pu devenir pro-skater ou travailler un
jour dans l'industrie du skate ?
Ben Harper : Tu sais, à cet époque, je n'étais qu'un
kid parmi tant d'autres qui faisaient du skate. Je n'étais pas
focus comme Chris (Chris Miller est un ancien pro qui a monté sa
propre société "Planet Earth" - ndlr). On skatait
beaucoup ensemble, mais lui était déjà à fond dans le skate.
Il avait énormément d'avance sur nous. Je me souviens d'une époque
où l'on a commencé à rider des BMX; quelques semaines après,
il était déjà en avance sur tout le monde. Il avait un talent
naturel qui le plaçait devant nous tous. En le voyant évoluer,
tu comprenais tout de suite qu'il était né pour ce genre de
trucs.
Moi, je faisais du skate pour m'éclater,
j'étais loin d'avoir ce don. En une journée, il était capable
d'apprendre deux ou trois figures, que ce soit en skate ou en BMX.
Là aussi, il a su développer son propre style, un style
inimitable.
Blast : Comment expliques-tu que les skaters se
reconnaissent dans ta musique ?
Ben Harper : Je ne sais pas... C'est difficile à
dire mais il y a toujours eu des connexions entre les skaters et
la musique. Regarde le Reggae par exemple, c'est une musique très
appréciée dans le milieu du skate et Peter Tosh ou Bob Marley
pourraient en témoigner. Quoiqu'il en soit, je pense que les
skaters ont toujours eu des goûts musicaux de qualité, que ce
soit dans le Punk-Rock, le Métal ou le Hip-Hop.
Blast : Si l'on part du constat que le skater a
toujours été un paria de la société, véhiculant une image
plutôt négative, est-ce que tu te considères comme tel par
rapport à ton statut de musicien "très particulier" ?
Ben Harper : Le skate est considéré comme un sport
alternatif, alors je fais peut-être de la musique alternative. C'est
une autre définition du mot alternatif, mais je comprends très
bien ce que tu veux dire... C'est un peu comme le sticker "skateboarding
is not a crime" : à lui seul il résume tout le problème
des skaters vis à vis de la société.
Ben Harper : Toi, ça fait combien de temps que tu
skates ?
Marc Haziza : Ca fait onze ans.
Ben Harper : Comment as tu commencé ?
Marc Haziza : Tous mes copains de l'époque faisaient
du skate et j'ai suivi le mouvement. Je me suis acheté une
planche et ça m'a plu tout de suite. Depuis ce premier jour, le
skate fait partie de ma vie. C'est comme toi la musique, j'imagine...
Tu parlais de Bob Marley tout à l'heure, moi je suis un grand
fan de Bob. Tu t'inspires de lui par moment ?
Ben Harper : La musique de Bob me donne tellement d'espoir...
(il répète en insistant sur chaque syllabe), "BOB'S MUSIC
GIVE ME HOPE". Tu vois ce que je veux dire...
Marc Haziza : Je comprends que pour un chanteur comme
toi, il a dû être une grosse source d'inspiration.
Ben Harper : Sans Bob, je pense que je serais beucoup
plus triste aujourd'hui. Il a donné au monde une autre dimension
à mes yeux.
Blast : Tu peux nous en dire plus sur ce clip (Ground
on down) que tu as fait il y a quelques années et dans lequel on
te voit dans une piscine avec d'autres skaters ?
Ben Harper : Au début, on voulait faire une vidéo
de surf parce que mon manager surfe beaucoup. Puis après réflexion,
je me suis dit que l'on devrait plutôt réaliser une vidéo de
skate, surtout qu'à l'époque, je m'étais mis à collectionner
les boards et que je recommençais à skater un peu. Puis de
connexion en connexion, on a atteri à "Chicken Pool" où
on a tourné le clip en une journée. Lance, le type qui a filmé,
travaille d'ailleurs de temps en temps pour le magazine 411 video.
Je suis sûr que tu le connais, si je te dis son nom. Il y avait
des skaters comme Jeff Grosso, Salba, El Guerra, Marc Gonzales...
Marc Haziza : Tu connais Cab ? Lui aussi joue dans un
groupe.
Ben Harper : Tu plaisantes ! Steve Caballero joue
dans un groupe ? C'est cool, j'ai toutes ses boards dédicacées,
tous ses pro-modèles (Ben parle comme un kid, fier de pouvoir
dire qu'il a toutes les planches de son idole). C'est un super
mec, il est tellement cool.
Blast : Tu disais tout à l'heure que tu as une
collection de skateboards ?
Ben Harper : Ouais, je commence à avoir une bonne
petite collection. J'ai des vieux modèles comme des Logan-Earth
Ski (pour ceux qui se souviennent de Bob Biniak en 75/76),
quelques Fibreflex, les Powell, les premières planches de
Christian Hosoï. J'aime bien les vieux modèles...