Guitar Part septembre 97
LE CRIMINEL INNOCENT
Avant son Zénith du mois d'octobre, Ben Harper est venu en
France défendre son troisième album, plus électrique que
jamais.
Benjamin Harper est attendu en France comme le messie. Ayant
conquis essentiellement par le bouche à oreille l'adoration de
son public aujourd'hui vaste, il tente tant bien que mal de
rester le même homme qu'au premier jour : un humble musicien.
Difficile de rester humble lorsque l'homme est si beau, si
submergé de flatteries et appuyé par un lourd plan marketing.
Le criminel innocent poursuit cependant sa quête, et avec
"The Will To Live", troisième album aux sonorités
bien éloignées du néo-blues terreux de "Welcome To The
Cruel World", il est presque arrivé à ses fins. Avec une
pochette qui s'ouvre sur des photos d'animaux morts après avoir
ingurgité l'eau d'une mare situé à quelques kilomètres d'un
site d'essais nucléaires, ("c'est une idée de JP, il fait
mes pochettes") une nouvelle page musicale est tournée.
Cette fois Ben Harper fait sonner sa guitare acoustique comme une
guitare électrique, en bon héritier de Jimi qu'il est ; et
grâce à de longues heures de dévotion à la musique.
"Ça m'a demandé énormément de travail pour
arriver à faire sonner une guitare slide comme ça. Mais c'est
un tel acomplissement, je commence juste à sentir que j'arrive
enfin à quelque chose, à un point où je contrôle vraiment ce
que je fais."
La comparaison avec Hendrix l'explorateur des sons se fait plus
qu'évidente. "Jimi était trop bon, c'était de la
magie qui s'échappait de ses doigts. Des gars comme lui sont
incomparables. Je l'écoute tellement qu'il fait bien que ça
sorte quelque part dans mon inspiration. Quand on me dit ça, je
ne le prend pas au pied de la lettre. Jimi Hendrix est un
classique, il a inspiré tous les guitaristes et je ne suis qu'un
de ceux-là."
Autre exercice de style approfondi du californien, après le
féministe Mama's Got A Girlfriend, la douce complainte féminine
de Widow Of A Living Man. "J'écris les chansons de
manières très différentes. J'écris des chansons punk-rock,
reggae, country, blues, classique, avec des orchestrations,
j'écris toutes sortes de musiques, que je ne joue pas, bien
souvent, parce que je ne me sens pas à l'aise pour ça.
Quelquefois, j'écris des chansons qui ne me semblent pas
vraiment faites pour moi, mais c'est bien de se forcer à les
faire, ou que quelqu'un te force à les faire de toute façon,
parce que ça oblige à un certain progrès, et Widow Of A Living
Man est une de celles-la. La première fois que je l'ai écrite,
je me suis dit : "Non, je vais envoyer cette chanson à
Emmylou Harris ou Dolly Parton, à une femme, je ne peux pas
faire ça. Mais mes amis m'ont dit : "Tu dois la faire,
c'est tout aussi fort que ça vienne d'un homme". Je me suis
dit qu'ils avaient raison. Et puis j'ai réfléchi au delà de
cela, ce n'est pas seulement du point de vue de la femme, mais
aussi le point de vue de l'enfant de cette femme, qui entend sa
mère pleurer en se confiant à sa mère à elle ; sa grand
mère. C'est aussi le point de vue de l'homme qui traite sa femme
si mal, il semble qu'il s'en sente très coupable. C'est la
première fois que je traite une chanson sous autant d'angles
différents, et j'en suis fier."
Autre innovation, l'intervention d'une guitare électrique sur
Glory And Consequences. "Je ne voulais pas le faire,
au début, mais JP avait amené sa guitare électrique dans le
studio, une Telecaster, dont il jouait quand on faisait un break
pendant les enregistrements. Glory And Consequences était fait,
il n'y avait pas de guitare électrique. Il m'a dit :
"Pourquoi tu n'essaies pas d'ajouter un peu de guitare
électrique dessus ? Et j'ai fait : "No-way." (Pas
question) "Allez, essaie... - "Non". -Allez,
fais-le pour moi ; essaie." Je l'ai branchée dans un vieil
ampli Fender Twin 58 avec des micros originaux. Ils ont
rembobiné la cassette, et j'ai joué dessus du début jusqu'à
la fin, en une seule prise. Je l'ai débranchée, et voilà."
Et voilà comment l'homme qui avait pourtant juré ne jamais se
mettre à la guitare électrique après Hendrix (encore lui !)
finit par échanger sa Weissenborn des années 1910 pour une
Telecatser. Mais c'est sans doute la première et dernière fois.
"La Weissenborn ne sonne pas de toute façon comme toutes
les autres guitares acoustiques. A l'écouter, tu peux dire que
ce n'est pas une Strat ou une Les Paul, le son est différent, du
moins j'espère, c'est un son électrifié mais différent. Ça
sonne électrique mais c'est acoustique."
Sandra Salazar.
Copyright © Guitar Part 1997