INTERVIEW

 

Lift On-line

Ben Harper est un de ces rares personnages qui semble capable d'agir selon les priorités qu'il s'est fixées. En faisant de la musique, il fait ce qu'il aime, et il partage son expérience avec tous ceux qui prendront le temps de l'écouter. Il ne joue pas simplement sa musique pour les gens, il leur apporte. Chaque fois que le temps le lui permet, Ben Harper visite une école ou un centre communautaire de jeunes gens, partageant sa vision des choses avec eux et se nourrissant de leur énergie.
Ben Harper, voyageur, philosophe, poête et musicien a encore une fois pris du temps pour venir discuter de sa manière de voir la vie et l'industrie musicale avec Meredith Charpentier d'ArtSmart, Hillary Nichols et David Aaronson de LIFT, le magazine On-line. A peine 12 heures après un brillant concert donné au bénéfice d'ArtSmart, une agence basée à San Francisco et dont le but est d'explorer l'expression des jeunes à travers l'éducation et l'art.
C'est une journée ensoleillée d'une fin de janvier à l'Hotel Phoenix près de San Francisco. Ben Harper marche sans effort jusqu'à la table et se présente à chacun. Cet homme, qui, il y a douze heures à peine était acclamé par une foule de 200 personnes est maintenant face aux caméras, enregistreurs et autres instruments des médias et il ne pourrait sembler plus à l'aise.
LIFT : Vous allez dans les écoles et vous parlez avec les gosses dans ces écoles, pourquoi trouvez-vous cela si important ?
Ben : Je pense que tout cela est important parce que tout l'espoir est dans la jeunesse. Je n'y vais pas pour leur dire comment faire, ou ce qu'il faut faire ou où, ou pourquoi le faire. Comment écrire une chanson ? Non. Je n'y vais pas de cette manière.
LIFT : Que répondriez-vous à un jeune qui vous dirait : " J'ai ces idées, mais je ne sais pas comment les exprimer. Je n'ai jamais écrit un poême avant, je n'ai jamais écrit une chanson... ?"
Ben : Je répondrais à cette question que personne ne peut le faire pour toi. Personne ne peut le faire à part toi. Alors, tu dois progresser vers l'engagement et la responsabilité. Tout ça ne va pas venir tout seul à toi.
LIFT : Qu'est-ce qui vous a le plus surpris dans l'industrie musicale, positivement ?
Ben : (longue pause) Le travail que cela représente. Cela implique des sacrifices de faire quelque chose, d'aller dans une direction et d'y parvenir. Cela signifie aussi laisser aller et déléguer les tâches, vous ne pouvez pas tout faire tout seul. Je le savais, mais je le redoutais beaucoup. Si vous voulez vraiment que quelque chose soit fait, il faut le faire soit même. Ou surveiller de près celui qui à qui vous avez confié la tâche.
LIFT : Qu'est-ce qui est le plus astreignant dans l'industrie musicale pour vous ?
Ben : Vous ne pouvez pas parler d'industrie, parce que dans une industrie, il ne peut pas y avoir tant d'investissements à hauts risques. Parce que les pontes qui investissent là-dedans n'y connaissent tellement rien en musique que cela en fait encore plus un investissement à hauts risques. Il y a des groupes qui sont signés pour des millions de dollars et que vous n'avez jamais entendu et dont vous n'entendrez jamais parler. C'est pour ça qu'ils doivent prendre de gros pourcentages sur ceux qui réussissent. Si vous voulez réussir dans ce business, il faut accepter de passer par là. Ils prennent jusqu'à 80-85%.
LIFT : Pensez-vous que le travail domine la musique parfois ?
Ben : Bien, ils ne me font pas avancer, j'avance tout seul. Si je ne veux pas faire cela, je ne le ferai pas. Je voudrais juste aller là-bas, m'asseoir et jouer de la guitare. Je fais tout cela parce que j'ai besoin de le faire. C'est ce qui me fait avancer. C'est ma vie, man. C'est ce que je sais et ce que je ressens, ce que j'aime.
LIFT : Depuis quand jouez.vous de la musique ?
Ben : J'ai toujours joué de la musique, depuis que je suis tout petit. Il y avait beaucoup de musique et d'instruments dans ma maison, alors je jouais toujours d'un instrument ou d'un autre.
LIFT : Vous ne jouez que de la guitare ?
Ben : Je me concentre sur la slide-guitare.
Meredith Charpentier : Comment y êtes-vous venu ?
Ben : J'en aime juste le son, j'en aime juste le son.
LIFT : Avez-vous commencé par la guitare acoustique ?
Ben : Bien sûr, j'ai appris des accords et des trucs comme ça d'abord, puis j'ai évolué vers la slide.
LIFT : Est-ce que cela a été dur de changer ?
Ben : Ça l'a été au début parce que c'est un instrument différent de la guitare. Beaucoup de gens savent jouer de la guitare, mais la slide, c'est plus lourd ! On peut voler avec une guitare !
LIFT : Composez-vous uniquement à la guitare ?
Ben : J'ai composé sur d'autres instruments auparavant, mais essentiellement à la guitare.
LIFT : Avec toutes ces tournées, la maison ne vous manque-t-elle pas ?
Ben : Heureusement, j'ai ma famille avec moi. Mais ça ne doit pas se limiter à cela. J'ai toujours connu cela comme ça, une famille étendue.
LIFT : Comment vous êtes vous rencontré avec votre groupe ?
Ben : J'ai rencontré Juan (Nelson) par un ami commun. Puis, j'ai rencontré Leon (Mobley) par le même ami. J'avais vu Oliver (Charles) jouer dans un club pas plus grand que cette table. Il n'avait que 18 ans.
Hillary Nichols : Vous attendiez-vous à en arriver là aujourd'hui ? A votre âge ?
Ben : J'ai toujours su que je devais partager ce que j'avais en moi. Depuis ma jeunesse. C'est d'ailleurs le seul vrai moment de paix que je n'ai jamais connu. Le reste est juste chaos, folie, déchaînement et furie. Il y a la tranquilité dans la jeunesse. C'est pourquoi j'essaie de conserver ma jeunesse. Vraiment, je ne suis qu'un gosse. Je me sens comme un gosse chaque jour. Je veux retenir cette paix intérieure et je veux la partager. Pour en être capable, je dois rester jeune dans ma tête et dans mon coeur. La paix sur terre est dans la jeunesse. Mais l'enfance est une période qui se perd. La paix de l'enfance et même le fait d'être un gosse a disparu. J'ai rencontré ces gosses de 10 ans. Ils étaient de vrais petits adultes de 10 ans. Ils étaient sur Internet, ils allaient sortir et acheter la nouvelle vidéo de Madonna. Quand j'avais 10 ans, j'essayais de remettre le bras de Chewbacca, ma poupée de la Guerre des Etoiles... Tu vois ce que je veux dire ? C'est tout ce que je faisais.
LIFT : Les jouets sont différents, mais ce sont toujours des jouets.
Ben : Bien. Je suppose. Mais je ne parlais pas des yeux de ces gosses. Je ne parlais pas des yeux de la jeunesse. Pourquoi est-ce que la paix est naïve ?
LIFT : Parce qu'elle n'existe pas.
Ben : Non, c'est là que vous vous trompez, man. Elle existe là où vous l'avez laissée. Il faut travailler pour obtenir la paix, elle ne vient pas seule. Si vous n'y croyez pas, comment pourrez-vous la reconnaître ?
LIFT : Comment rapporter cette jeunesse aux gosses, ou aux adultes, par la même occasion ?
Ben : Beaucoup de cela vient de la créativité. Je pense que la créativité est le lien de l'homme avec la spiritualité. Quand la créativité souffre, l'homme souffre et ceci se reflète sur toute la planète comme on peut le voir. On n'apprend plus aux gens , ils ne sont plus inspirés ou décidés à créer. On apprend aux gens que ce qu'ils ont fait ce qu'ils sont.
LIFT : Est-ce que l'attention que les médias vous portent vous semble étrange ?
Ben : La seule frustration que j'en tire est que je ne peux pas faire tout ce que je veux. J'ai d'autres responsabilités, comme tout le monde. Je ne peux pas tout faire. Je travaille.
MC : Vous tenez absolument à tout faire ?
Ben : J'essaie.
LIFT : Jouez-vous des concerts "pour tous âges" ?
Ben : On est en train d'en programmer. Cela devient difficile à notre niveau. Mais on arrive encore à ce que soit une option possible.
LIFT : S'il n'y avait qu'une chose que vous voudriez dire aux gens, que serait-ce ?
Ben : Respecter la Terre.
LIFT : Et à propos de la musique ?
Ben : La musique, c'est tout autre chose. Je pense que c'est la forme la plus forte de spiritualité parmi les hommes.
LIFT : Vous semblez en tout cas en tirez une grande spiritualité ?
Ben : La musique, c'est le spirituel. Tout ce qui peut faire bouger les peuples est le spirituel.
C'est sur ces mots que s'achève notre dialogue avec Ben Harper. Il a un avion à prendre. Los Angeles et ses fans l'attendent. Il n'est pas pressé de partir, en fait, il semble qu'il voudrait bien rester et partager ses idées encore pendant des heures. Mais il doit partir, les partager avec d'autres gens, ailleurs, aider l'humanité à trouver la spiritualité à travers la créativité.