INTERVIEW

 

Heckler Magazine

Cette interview incroyable a été réalisée par Sonny Mayugba du Heckler Magazine.
Sonny : On parlait de la différence entre Dieu et la religion et tu as dit : "La religion est un moyen pour l'homme de cacher ses péchés et Dieu est la lumière de la vérité..."
Ben : Oui, c'est vraiment cette Vérité, le bien, une vibration positive et le respect de la Terre. Tu ne peux pas massacrer la Terre et dire que tu aimes Dieu.
Sonny : Oui.
Ben : Tu ne peux pas dépenser de l'argent pour l'énergie nucléaire et atomique. Tu ne peux pas dépenser plus d'argent pour tuer l'humanité que pour la nourrir et dire que tu aimes Dieu. Tu ne peux pas faire ça !
Sonny : Parle-moi de la pochette de ton nouvel album.
Ben : Bien, j'espèrais qu'elle parlerais d'elle-même. Je n'aimerais pas éluder ta question, Sonny, mais pour y répondre franchement, regarde-la bien, elle parle vraiment d'elle-même.
Sonny : Ok, c'est cool. Combien d'accordages différents utilises-tu ?
Ben : Il y en a presque un différent pour chaque chanson, c'est pourquoi j'ai autant de guitares par ici. Presque un différent pour chaque chanson.
Sonny : Tu les inventes ou sont-ils standards, comme par exemple l'open D ?
Ben : Ouais, je les invente, mais j'utilise aussi l'open D et d'autres plus bas encore comme l'open A, des cordes différentes pour obtenir des résonnances différentes et des tons différents.
Sonny : Laquelle de ces guitares est la Weissenborn et qu'est-ce qu'une Weissenborn ?
Ben : La guitare Weissenborn est une forme de slide-guitare acoustique construite dans les années 20. Elles ont été construites pendant 7 ans par Herman Weissenborn.
Sonny : Intéressant.
Ben : Et elles ont un manche creux.
Sonny : Est-ce celle qui ressemble à un violon ?
Ben : Yeah, Weissenborn était d'une famille de luthiers de violons et ceci a vraiment influé sa manière de fabriquer ses guitares.
Sonny : Ouais, ça ressemble à un violon en plus grand. Alors Ben, te sens-tu intéressé par l'Histoire et les traditions ? Par rapport à ton utilisation de la Weissenborn, une guitare historique.
Ben : Oui, et la slide-guitare, spécialement dans le blues, est une tradition forte qui me touche beaucoup et que j'aime.
Sonny : Oui.
Ben : Et je respecte les traditions. Et tu sais, pour moi, la tradition n'est pas copier la tradition, tu vois ce que je veux dire ? Beaucoup de gens copient les traditions. Puis ils l'appellent "tradition". Mais si tu ne fais pas partie de cette tradition, tu ne fais pas de la musique traditionnelle, par exemple. La musique traditionnelle est la musique qui est dans ton coeur, à laquelle tu crois, dans ta vie et dans ta tradition. Et il est permis d'incorporer des éléments des traditions que tu aimes et respectes et qui t'appartiennent dans ce que tu fais. Mais copier cette tradition, pour moi, ce n'est pas respecter la tradition. C'est juste...
Sonny : De l'imitation ?
Ben : Oui. Et il y a aussi un certain aspect de la conservation de la tradition qui n'est pas l'expression-même de ta propre tradition... C'est juste la préservation de ta tradition.
Sonny : Quels sont tes joueurs de blues préférés ?
Ben : Hendrix, Jimi Hendrix et "Blind Willy" Johnson, Robert Johnson. John Hurt et tous ces types. Ils sont tellement étonnants !
Sonny : Oh yeah !
Ben : Et toi ?
Sonny : Euuhh, Muddy Waters.
Ben : Ah ouais. Muddy aussi.
Sonny : Et bien sûr Jimi. J'ai grandi avec Hendrix. J'aime John Lee (Hooker), il a de bons plans. La liste est longue. A propos de Jimi, quand tu es parti sur "Voodoo Child", le groupe savait que tu allais jouer ce morceau ?
Ben : Euuhh, oups, ouais. Quand je le commence, ils savent ce qui vient après.
Sonny : Et ta version de "Remember", c'était vraiment un bon choix.
Ben : Merci man, ce n'est pas une chanson magnifique ?
Sonny : Ah, j'aime cette chanson.
Ben : Tu sais, à son époque, Bob Marley utilisais cette chanson comme remplissage !
Sonny : Cool. As-tu eu une éducation musicale formelle ?
Ben : Non, pas formelle dans le sens "tablature" et tout ça. Je ne lis pas les notes, mais... euh... formelle dans le sens que j'ai beaucoup appris en regardant les autres. Regarder, écouter et beaucoup de disques. Je pense que ça dépend de ce que tu appelles "formelle".
Sonny : Ouais, "formelle" est un mauvais choix. Je voulais dire, quand tu allais à l'école, avais-tu des leçons de musiques ?
Ben : Non.
Sonny : Ou traînais-tu simplement en apprenant à travers les autres ?
Ben : Non, si j'avais pris le temps d'apprendre à lire les notes, je n'aurais pas eu le temps d'apprendre à jouer, tu vois ce que je veux dire ?
Sonny : Je vois. La production de cet album "Fight For Your Mind", est un peu différente de celle du premier, "Welcome To The Cruel World". Le nouveau est un peu plus prôche du son que tu as sur scène.
Ben : Ouais, on - mon ami J.P. Plunier et moi, ainsi que le groupe, les Innocent Criminals - essaie d'atteindre ça et de nouveaux sons et de nouvelles idées de production . Et on ne se donne pas de limite.
Sonny : C'est bien.
Ben : Et le mot-clé de la production est l'expérimentation.
Sonny : La fin du morceau "God Fearing Man" est tellement géniale ! Tu vois de quoi je veux parler ?
Ben : C'est ça. Merci man, merci beaucoup.
Sonny : Quel est ton endroit favori dans le monde ?
Ben : Euuhh, dans le monde ? Derrière la guitare.
Sonny : Tu es tellement passionné par ce que tu dis et ce que tu chantes.
Ben : Tu te dois de le vivre. Celui qui ne lutte pas jusqu'à l'arrivée voit ses forces diminuer. Tu dois réaliser que même ce que tu peux faire de mieux n'est encore pas assez. Et tout ceux qui ne font rien pour améliorer la situation actuelle de l'humanité directement autour d'eux sont une partie du problème. Tu dois faire tout ce que tu peux.
Sonny : Et l'herbe ?
Ben : Légaliser. Il faut légaliser, man. Et tu peux me croire : s'ils avaient trouvé un moyen de la taxer, ils l'auraient déjà légalisée. Tu dois comprendre que les blessures et morts liées à la fumée de cigarettes et à l'alcool sont plus nombreux que l'ensemble de celles liées à toutes les autres drogues réunies. Mais ils restent les deux seuls disponibles et légaux parce qu'ils peuvent les taxer aussi facilement qu'ils le désirent. Et ces deux industries sont tellement solides et puissantes financièrement qu'elles sont devenues une force financière du Diable. Elles ont du sang sur les mains. Tu vois, tu ne peux pas produire ton propre vin de derrière chez toi. Tu ne peux pas te rouler une cigarette et y mettre autre chose que leur tabac. Mais tu peux planter une graine, juste ? Tu peux planter une graine et elle va grandir. Et ils ne peuvent pas t'empêcher de planter une graine. N'importe qui peut planter une graine n'importe où. Et cela élève ton esprit au-delà de ce qu'ils sont et de ce qu'ils veulent que nous soyions, tu vois ce que je veux dire ?
Sonny : Je sais ce que tu veux dire.
Ben : Yeah, et cela élève ton esprit au-delà de ce qu'ils te disent. Cela élève ton esprit au-delà de ce qu'ils veulent te faire avaler et de ce qu'ils veulent te faire prendre pour la vérité, et cela te mène à une autre vérité, la vérité suprême. Et cette vérité t'enrichit et ils ne te veulent pas enrichi de la sorte.
Sonny : Qu'aimes-tu faire d'autre ?
Ben : J'adore le skateboard. Je travaille à mes "ollies" et je m'améliore encore.
Sonny : Tu as déjà fait du snowboard ?
Ben : Jamais. Et toi ?
Sonny : Ouais, j'en fais.
Ben : C'est dingue, non ?
Sonny : Ouais, c'est marrant. C'est étonnant. Tu vas partir en tournée ? On pourrait aller faire du snowboard.
Ben : Ouais, on pourrait faire quelques descentes. Je serai ici, puis en Europe, constamment en tournée et en train d'écrire. Faire de la musique, man.
Sonny : Faire de la musique...
Ben : Parce que vraiment, man, la musique est le plus petit dénominateur commun de l'humanité, tu vois ce que je veux dire ?
Sonny : Explique.
Ben : Bien, c'est le plus petit dénominateur commun de l'humanité. C'est le fil rouge, c'est ce qui permet de nous comprendre au-delà du language, de l'àge, du temps. C'est sans frontière, sans barrière. Certaines musiques construisent des barrières, tu sais ?
Sonny : Ouais.
Ben : ...et c'est une honte aussi, mais ce n'est pas la musique qui m'intéresse ! Non.
Sonny : Ta musique brise les barrières. Ta musique contient beaucoup d'amour.
Ben : Ahh, je suis heureux que tu ressentes ça, man.
Sonny : Elle contient beaucoup d'amour !
Ben : Oh, je suis heureux que tu le ressentes, si heureux... La communication est une bénédiction.
Sonny : Et la musique en est le meilleur moyen !
Ben : N'est-ce pas ?! C'est une chose tellement naturelle, qui vient de la Terre, ça grandit !
Sonny : La musique et l'amour sont pareil.
Ben : OUI ! OUI !
(rires)
Sonny : Les deux sont de bonnes choses.
Ben : Et les gens veulent toujours compliquer les choses, les rendre...
Sonny : Oui, mais tout est si simple...
Ben : L'humanité a perdu son besoin, inné et primitif besoin de simplicité. Cela a été perdu et remplacé par le besoin de complexité. Si on pouvait juste interférer entre nous sur une base de simplicité. La simplicité est la plus haute forme de complexité, man. Tu vois ce que je veux dire ?
Sonny : Je vois exactement ce que tu veux dire.
Ben : Ouais. Simplicité. Respecter les droits de tout le monde pour être sain et sauf et pour être nourri et logé. Pourquoi devons-nous toujours tout compliquer, man ? On amène des types sur la lune et il est dangereux pour une femme de marcher seule dans une rue sombre. Tout ça ne va pas !
Sonny : C'est ridicule.
Ben : Tu peux parquer ta voiture dans une zone rouge pour 5 minutes et prendre un ticket, et par contre, une femme, la nuit... c'est tragique. En même temps, des gens font toutes sortes de choses horribles. C'est pour cela qu'il faut en parler, bouger, agir. Parce que la philosophie, c'est bien beau, mais , pour moi, la philosophie est une perte de temps parce que tu peux parler de trucs pendant des années, rien ne va bouger tout seul. Il devra y avoir de l'action, de l'action, man. Je veux voir les choses bouger de mon temps. Chaque jour pour moi est une vie. Ma vie est juste un jour. Ma vie est un jour et une nuit pour faire ce que je peux. Tu vois ce que je veux dire ?
Sonny : Et quand tu meurs, c'est un nouveau jour, une nouvelle vie.
Ben : Oui, exactement. Dans la lumière du Dieu Tout-Puissant, parce que je respecte et je crains Dieu. Non, man, si tu ne crains pas Dieu, tu n'es pas réellement humble.
Sonny : Tu es un "God Fearing Man".
Ben : Je le sais.
Sonny : Ouais !
Ben : Je ne crois pas en la ségrégation et la séparation entre religions. Comment pourrait-il y avoir un Dieu différent pour chaque religion ? Dieu ne séparerait pas, tu comprends ?
Sonny : Oui.
Ben : Chacun a le droit à sa croyance et sa religion. Mais comment peut-on dire... ma religion...
Sonny : ... c'est l'apocalypse...
Ben : Oui, "je prépare ma place dans l'au-delà, mais pas la tienne". Comment un homme peut-il dire ça à un autre ?! Cela, c'est de l'ignorance totale. Dieu ne sépare jamais, il ne te juge pas selon ta religion. Dieu n'est pas séparatiste, Dieu n'est pas raciste, tu vois. Dieu aime tout le monde. Il sait ce qu'il y a dans notre coeur, ce qu'il y a vraiment dans notre coeur.
Sonny : C'est tout ce qu'on reçoit.
Ben : Tout ce qu'on reçois est dans notre coeur.
Sonny : Tu ne nais avec rien d'autre qu'un corps nu et tu meurs sans rien. Tout ce que tu reçois est à l'intérieur.
Ben : Ouais.
Copyright © Heckler Magazine 1995